De retour d'une journée de travail à Québec, ma douce me dit que Magalie a fait quelque chose de grand aujourd'hui.

«Ha oui!» je lui répond en pensant à un beau projet scolaire, car avec Magalie (et Marianne) c'est courant.

Magalie m'explique donc la situation.

«Ben, c'est que dans ma classe il y a un garçon qui fait rire de lui tout le temps. Les autres font des niaiseries comme de ne pas vouloir s'assoir à côté de lui pour ne pas attraper de pouls, rire de ses réponses, le traiter de noms, etc. Moi papa ça me dérange parce que ce garçon est très gentil quand on le connait.»

«Est-ce que c'est un garçon qui est avec vous depuis la maternelle?»

«Non, il est arrivé un peu avant Noël. Je trouve ça injuste pour lui que les autres fassent ça. J'ai demandé à mes amis (deux autres filles de la classe) si elles m'appuieraient si j'essayais de l'aider. Elles ont embarqué avec moi. J'ai été voir l'enseignante pour lui parler ce mon idée (sur les conseils de maman) pour pouvoir prendre la parole devant le groupe et essayer d'expliquer aux autres élèves de la classe que c'est pas correct de faire ça à ce garçon.»

Ho! Mon petit coeur de papa est déjà sans mot et entrain de battre un peu plus fort.

«Tu as pensé à faire ça?»

«Oui, et j'ai parlé devant les autres aujourd'hui pour leur expliquer que ce garçon est comme nous, que si on se mettait à sa place est-ce qu'on aimerait ça, qu'il est très intelligent et gentil. Que c'est bébé d'agir comme ça.»

Ça y est, une larme.

«Ouf! Viens ici que je te fasse un câlin ma grande. Je manque de mots, mais je suis très fier de toi. Tu sais que ce garçon se souviendra toute sa vie de ce que tu as fais. Et les autres aussi. Il est possible que tu aies changé des choses dans sa (leur) vie. Tu as changé le monde à ta façon.»

Je prend quelques respirations. Pendant ce temps, je me souviens de mon rêve de prof de voir un jour des élèves prendre la parole en classe pour réveiller ceux qui ne comprennent pas ce qu'ils font là. De voir des jeunes se surpasser pour aider les autres, et ainsi prendre conscience de ce que c'est de vivre ensemble.

Quand on est parent, on espère que les valeurs que l'on essaie de transmettre à nos enfants soient comprises et intégrées. Mais je ne croyais pas avoir la chance de voir un élément observable (déformation professionnelle) aussi fulgurant un jour.

Magalie, ma grande fille, je t'aime.