...elle n'est pas logicielle ou matérielle.

Des discussions sérieuses et moins sérieuses m'ont fait réfléchir sur certaines de mes actions/stratégies professionnelles. Ce qui peut devenir dangereux ;o)

Voici trois lois qui semblent être très populaires dans le monde des formateurs TIC:

1) Le meilleur logiciel est celui avec lequel le formateur est compétent.
2) Le meilleur matériel est celui que le formateur possède.
3) La meilleure route pour apprendre est celle que le formateur a utilisée.

Lois 1 et 2

Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu une personne dire que si elle n'avait pas tel logiciel elle ne pourrait pas fonctionner. Ou encore que tel type d'ordinateur est bien meilleur pour la pédagogie. Haaaaaaaaaa oui! Haaaaaaaaa bon! (Pour ceux qui connaissent la blague, c'est à ce moment que je cesse d'écouter).

Ok, prenons des exemples pour illustrer le tout. Les ultra-portables ou les terminaux X par exemple.

Lui: «Y a rien à faire avec ça» ou «On ne peut pas tout faire avec ça.»

Moi: C'est quoi «tout»? demandais-je.

Lui: «Euh... ben du 3D et du montage vidéo.»

Moi: Haaaaaa oui! Haaaaaaaaa bon! Combien de temps les élèves (durant la classe, pas en parascolaire) font du montage vidéo dans une année? 10 % du temps à l'ordinateur?

Lui: «Ben non! Moins que ça. Ce ne sont que des petits projets où l'élève s'initie au montage vidéo.»

Moi: Donc ça prend des machine hyper-performantes pour moins de 10% du temps. C'est pas ce que j'appelle une bonne analyse des besoins avant l'achat. Des terminaux ou des ultra-portables, qui répondent également à des besoins différents, peuvent combler les besoins pour les 90% et plus.

Et voilà le moment glissant...

Lui: «Mais des terminaux c'est en linux.»

Moi: Haaaaaaaaaa oui! Haaaaaaaaa bon! Sur ton cellulaire méga-performant, c'est quoi le OS? Windows?

Lui: «Non, c'est pas pareil.»

Moi: Justement si. Un client léger (terminal X) ou un ultra-portable est un outil TIC où les boutons ne sont pas de la même couleur, où les icônes sont différents, où les logiciels ne se nomment différemment, mais ça reste du clique, des menus et des fenêtres. Comme ton cellulaire. L'utilisateur s'habituera à l'environnement, développera donc sa compétence TIC.

Lui: «Ok mais il n'y a pas tel logiciel en Linux» me dit mon tinami en pensant m'avoir mis KO.

Moi: Où il est écrit dans le programme de formation que ce logiciel précis est nécessaire pour l'apprenant? Nul part!

Lui: «Mais c'est plus simple avec ce logiciel Pierre! En plus il est plus puissant.»

Moi: Il ne faut pas confondre simplicité et habitude dans le logiciel. Il est vrai que certains logiciels peuvent être plus simple pour une tâche précise, mais on doit dépasser un peu ce critère quand vient le temps de choisir un outil. Et je me suis toujours demandé à quoi ça sert d'avoir une voiture qui peut aller à 350 km/h si je ne peux pas dépasser 100 km/h sur la route. La plupart des utilisateurs ne dépassent pas 20 % des fonctionnalités des logiciels, et je ne crois pas que ce soit nécessaire dans un contexte de classe non plus. J'aime bien le concept de la simplicité volontaire TIC qui a, entre autres, comme but d'utiliser le logiciel le plus simple possible qui peut répondre aux besoins. Pas le plus populaire ou le plus puissant.

Loi 3

Est-ce qu'un nouvel utilisateur des TIC (en avril 2009) doit passer par le même chemin que moi (qui les utilise depuis plus de 10 ans) pour intégrer les TIC dans ses apprentissages?

Trop grosse question pour y répondre en quelques mots, mais j'aurais tendance à croire que non. Ce ne sont plus les mêmes outils, même besoins, même contexte. Le C de TIC, la communication, est plus présent (pensons aux outils du Web collaboratif, aux mobiles...) que jamais. À mon avis il est différent d'apprendre à communiquer (ou d'apprendre tout court) avec les TIC que d'apprendre à produire des documents (le but principal il y a 10 ans).

La pédagogie est humaine, elle n'est pas logicielle ou matérielle.

Développer ses compétences à l'aide des TIC ne nécessite pas un logiciel (ou un système d'exploitation) en particulier ou encore une marque précise d'ordinateur, mais bien un humain prêt à laisser ses élèves prendre plus de place dans leurs apprentissages (avec ou sans les TIC).

Conclusion

Avant de croire que ça prend un logiciel précis, sur un OS précis, sur un matériel précis, pour que l'élève puisse développer sa compétence TIC (et les autres du PFEQ), je devrai prendre un grand respire et ne pas transférer mes peurs sur lui.

Note: Lui, c'est plusieurs personnes que j'ai fusionnées pour le propos. Si vous vous sentez visé, on pourra en reparler un de ces 4 ;o)